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28 août 2026

Comprendre le traumatisme psychique

28 septembre 2026

Il y a des mots qu’on utilise beaucoup, parfois trop, et qui finissent par perdre leur sens précis.
« Traumatisme » en fait partie.
On dit d’un mauvais souvenir, d’une déception, d’une remarque blessante qu’ils sont « traumatisants ».

Et pourtant, en psychotraumatologie, le mot recouvre quelque chose de très spécifique.

Ce qu’est vraiment un traumatisme psychique

Le mot « trauma » vient du grec et signifie littéralement blesser, percer.
Ce n’est pas une image : c’est exactement ce qui se produit.

Le psychiatre Louis Crocq le définit ainsi :

« Phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou pour l’intégrité d’un individu qui est exposé comme victime, comme témoin ou comme acteur »

Autrement dit : un choc qui fait brèche dans nos défenses psychiques.

Concrètement, un événement devient traumatique quand il réunit plusieurs conditions :
– il est soudain, imprévisible ;
– il confronte la personne à quelque chose que son psychisme n’a pas les moyens de se représenter — ce que certains cliniciens appellent « le réel de la mort » ;
– il survient sans qu’aucune préparation n’ait été possible.

Le psychiatre François Lebigot résume cela avec une formule marquante :

« Chacun d’entre nous vit comme s’il était immortel.
Et c’est bien cela que fait voler en éclats l’effraction traumatique.
Il n’y a rien pour recevoir l’image de la mort. »

C’est pour cette raison qu’un même événement peut être traumatique pour une personne et ne pas l’être pour une autre.

Ce n’est pas l’événement en lui-même qui fait le trauma, c’est la rencontre entre cet événement et ce que le psychisme est en mesure d’encaisser à ce moment précis de la vie.

Pourquoi le souvenir traumatique ne « passe » pas comme les autres

Pour comprendre ce qui coince, il faut comprendre comment le cerveau traite une information chargée d’émotion.

Il existe schématiquement deux chemins :
– Une « route longue », qui passe par le cortex préfrontal — la zone du raisonnement et de la pensée — et qui permet d’évaluer une situation, de lui donner du sens, puis de la ranger en mémoire comme un souvenir parmi d’autres.
– Et une « route courte », plus rapide, plus instinctive, qui passe directement par les zones émotionnelles du cerveau et déclenche une réaction immédiate, sans passer par la case réflexion.

Face à un événement traumatique, c’est la route courte qui prend le dessus — et c’est heureux, dans l’instant, car c’est elle qui permet de réagir vite face au danger.

Mais le problème, c’est l’après.

L’amygdale, cette petite structure qui détecte la menace, reste activée de façon excessive.
Le cortex préfrontal, lui, se retrouve comme mis en sourdine, incapable de faire son travail habituel de mise en sens et de rangement du souvenir.

Résultat : l’information reste stockée « à cru », sous une forme sensorielle et émotionnelle brute — des images, des sensations corporelles, une charge de peur — sans avoir pu être intégrée à l’histoire de la personne comme un souvenir ordinaire, daté, rangé dans le passé.

C’est ce qui explique ce paradoxe si bien résumé par les chercheurs en neurosciences du trauma :
les personnes qui souffrent de stress post-traumatique n’ont pas un problème de mémoire, elles ont des symptômes à la place d’une mémoire.

Le passé continue de se comporter comme s’il était présent.

Schéma du cerveau : route longue par le cortex préfrontal et route courte par l’amygdale

C’est exactement ce qui produit les manifestations si caractéristiques du psychotraumatisme :
les reviviscences (flashbacks, cauchemars, sensation que l’événement se reproduit), l’évitement de tout ce qui pourrait y faire penser, l’hypervigilance, les troubles du sommeil.

Ce ne sont pas des signes de faiblesse.
Ce sont les signes d’une information qui n’a jamais pu être digérée.

Une fenêtre qui se rétrécit

Il existe une image utilisée en psychotraumatologie qui parle bien de ce qui se joue : la « fenêtre de tolérance ».
Imaginez une zone confortable à l’intérieur de laquelle vous pouvez vivre vos émotions — même intenses, même désagréables — sans être débordé, tout en restant capable de penser, de réagir, de rester en lien avec les autres.

Chez une personne qui n’a pas été traumatisée, cette fenêtre est large : elle absorbe les hauts et les bas du quotidien sans trop de dégâts.

Chez une personne traumatisée, cette fenêtre se rétrécit, comme écrasée.
Le moindre stimulus peut alors la faire basculer en dehors de sa zone de tolérance, dans un sens ou dans l’autre.

Vers le haut : hypervigilance, agitation, pensées intrusives, réactions défensives exagérées — le système reste sur le qui-vive.
Vers le bas : fatigue et torpeur, perte d’intérêt, engourdissement émotionnel, sentiment d’effondrement — le système se met en veille pour se protéger.

Dans les deux cas, la réaction n’est plus du tout ajustée à la situation réelle, ce qui peut être très déroutant, autant pour la personne concernée que pour son entourage.

Schéma de la fenêtre de tolérance au stress, large chez un système régulé, écrasée après des chocs répétés

Cela explique aussi pourquoi les effets d’un trauma ne se manifestent pas toujours immédiatement.
Les cliniciens parlent d’un « temps de latence » : un délai, parfois de plusieurs mois, entre l’événement et l’apparition des symptômes.

Ce n’est pas un signe que « ça va mieux » entre-temps — c’est souvent le signe que le psychisme a fait ce qu’il pouvait pour tenir, avant que la fenêtre de tolérance ne finisse par céder.

Ponton sur un lac calme sous un ciel où la lumière revient

Et ensuite ?

Comprendre ce mécanisme est déjà, pour beaucoup, un premier soulagement :
ce qu’on vit n’est ni irrationnel, ni le signe d’une faiblesse, mais la conséquence logique d’un système qui a fait ce qu’il pouvait dans l’instant.

Reste une question : une fois ce souvenir bloqué identifié, comment l’aider à se « ranger » enfin ?

C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Pour aller plus loin

  • Psycom — organisme public d’information sur la santé mentale.
  • France Victimes — réseau associatif d’aide aux victimes, pour un premier accompagnement et une orientation adaptée.

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